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06.04.2022 |

Les médias du service public sous pression

 

Le paysage médiatique traditionnel vacille dangereusement. Les médias du service public, en particulier, sont mis sous pression, que ce soit par des gouvernements autoritaires ou populistes, des entreprises de médias purement orientées vers le profit ou des géants de l’Internet et des médias sociaux. Il est donc grand temps de lutter en faveur de la diversité médiatique.

En Pologne ou en Hongrie, ce sont des gouvernements autoritaires qui veulent transformer les institutions du service public en chaînes étatiques. En Grande-Bretagne, c’est un gouvernement populiste qui revendique lui-même la maîtrise de l’information et de son interprétation. Et en Suisse, les médias publics sont depuis des années sous le feu des cercles conservateurs de droite. Par le biais d’initiatives populaires et de campagnes d’opinion dans leurs journaux achetés en commun, ceux-ci tentent de faire pression sur la SSR ainsi que sur les radios locales et les chaînes de télévision régionales subventionnées en de nombreux endroits et menacent de leur retirer leur base de financement.

La fragilité de la libre interprétation

Le travail de sape des institutions du service public a pour conséquence que leur souveraineté en matière d’information et d’interprétation s’érode lentement. C’est problématique dans la mesure où l’objectivité, la fiabilité et l’équilibre de l’information médiatique figurent en tête de leurs priorités. Les chaînes de radio et de télévision de la SSR, par exemple, informent toujours selon le principe des deux sources et accordent autant que possible à tous les acteurs politiques le même temps de parole et la même place dans leurs reportages. Si les gens ne peuvent visiblement plus se mettre d’accord sur des faits et des informations objectifs, cela n’est pas seulement problématique, cela constitue également une menace pour la démocratie. Il suffit de jeter un coup d’œil sur les Etats-Unis pour voir où cela mène : des mondes parallèles dangereux et un fossé social qui ne cesse de s’agrandir.

Le quatrième pouvoir de l’État

Jean-Jacques Rousseau avait déjà reconnu que la presse faisait office de quatrième pouvoir de l’État, aux côtés des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire. Par leurs reportages et leurs débats publics, les médias peuvent influencer de manière déterminante les événements politiques. Aujourd’hui, on constate toutefois des tendances inquiétantes chez de nombreux médias : influencer la population pour une cause ou une autre ou l’abreuver en permanence d’informations éphémères, de sorte qu’elle en devienne moins critique, apolitique et docile. Sans parler des fake news ou des chambres d’écho que l’on trouve en grand nombre sur les réseauxs sociaux. Un autre problème réside dans le fait que plus le temps passe, plus les gens sont habitués à consommer du journalisme gratuitement. Le risque est que la population ne comprenne plus pourquoi elle devrait payer une redevance pour les médias de service public, comme c’est le cas en Suisse.

Un équilibre important par rapport aux médias orientés vers le profit

Si l’on considère que les médias privés sont marqués par des intérêts économiques et s’orientent en premier lieu vers les chiffres de vente et de clics, cela met encore plus en évidence l’importance des médias de droit public. Non seulement ils créent un équilibre important par rapport à l’orientation principalement économique, mais ils offrent également une plateforme pour les personnes et les thèmes qui, autrement, seraient volontairement ignorés. Tout cela ne doit pas faire oublier que des mécanismes de contrôle sont également nécessaires pour les chaînes du service public. Par exemple, lorsqu’il s’agit de la publicité sur leurs chaînes et leurs canaux en ligne, lorsque leurs structures d’exploitation ont tendance à se bureaucratiser ou lorsqu’il existe une trop forte tendance à diffuser des émissions de divertissement, qui ne devraient pas faire partie de leur mission première.

Auteur

Fabian Baer est un partisan convaincu de la plus grande diversité possible des médias. En tant que politologue de formation, il connaît l’importance de cette dernière pour une société pluraliste et démocratique. En tant qu’amateur de musique, il ne veut pas dépendre des radios privées qui tendent vers l’uniformité, mais écouter le plus longtemps possible sa station préférée, BBC Radio 6 Music.